Hier (mardi), nouvelle soirée littéraire avec l'auteur du Rasoir d'Ockham, Henri Loevenvenbruck. Ses maisons d'édition s'unissaient pour fêter ses 10 ans de publication, et de succès. Chapeau. Tout le monde avait l'air heureux pour Henri qui passait de groupe en groupe avec un air de dandy moqueur, un bon mot pour chacun, le sourire en bandoulière.
Pour ma part, j'étais avec une partie des joyeux drilles de la FAPM et quelques autres bloggueurs sympathisants ou gentiment déjantés. Quelques bières (ou rhum coca) et quelques fous rires plus tard, me voilà dans le parking. Voiture, trajet, maison. Pas de faute. Alors...
Alors quoi ?
En fait, je ne sais pas trop. Ou je ne sais que trop. D'abord une sensation d'anachronisme. Je ne me sentais pas vraiment à ma place. Qu'est-ce que je foutais là finalement ? Pas à l'aise dans ce ballet bruyant. Je parlais, j'échangeais, mais mes mots étaient pauvres et bien peu signifiants. Curieuse lassitude qui glisse une chape de plomb sur la langue et donne l'imppression de bégayer sa pensée. On devient gauche dans ses propos, fade et finalement diaphane. J'ai préféré partir.
Et puis... et puis oui, bien sûr, j'aimerais être à sa place. Evidemment. Dans un coin de ma tête, il y a cette envie (ne pas confondre avec de la jalousie, je suis sincèrement content pour Henri. il mérite ce qui lui arrive). Car lorsqu'on publie, c'est pour être lu par le plus grand nombre. Sinon, à quoi ça sert ? C'est aussi pour cette raison que je ne me sentais pas à ma place hier, parce que je ne jouais pas dans la même catégorie. Je n'aime pas ça. sentiment d'être un usurpateur.
Je ne suis pas triste ou mélancolique. Simplement lucide et déterminé. Je vais jouer mes matchs et grimper les catégories. Parce que réaliser ses rêves, c'est 10% de talents et 90% de sueur. Je crois que j'ai du chemin à faire sur la route des 90%.
J'ai relu le poème ci-dessous hier, en rentrant. Et franchement, ça reflète assez bien mon état d'esprit.
Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir,
Si tu peux être amant sans être fou d’amour ;
Si tu peux être fort sans cesser d’être tendre
Et , te sentant haï, sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre ;
Si tu peux supporter d’entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d’entendre mentir sur toi leurs bouches folles,
Sans mentir toi-même d’un mot ;
Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les Rois
Et si tu peux aimer tous tes amis en frères,
Sans qu’aucun d’eux soit tout pour toi ;
Si tu sais méditer, observer et connaître,
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur
Rêver, sans laisser ton rêve être ton maître,
Penser, sans n’être qu’un penseur ;
Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
Si tu peux être brave et jamais imprudent,
Si tu peux être bon, si tu sais être sage,
Sans être moral ni pédant ;
Si tu peux rencontrer triomphe après défaite
Et recevoir ces deux menteurs d’un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront ;
Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
Seront à tout jamais tes esclaves soumis
Et, ce qui vaut bien mieux que les Rois et la Gloire,
Tu seras un Homme, mon fils.
Rudyard KIPLING